Actualité à la Hune

Les débuts de la plus célèbre série à restrictions (1929-1944)

Moth : les faits papillon (2)

Série à restrictions née en 1929, le Moth a engendré une descendance nombreuse, riche, variée – et les plus modernes de ces «papillons de nuit» volent aujourd’hui sur des foils. Suite de son histoire.
  • Publié le : 09/05/2014 - 00:01

Moth : une incroyable histoire depuis 1929 (2)Né en 1929, le Moth – série à restrictions – a donné naissance à nombre de dériveurs, initié bien des recherches, suscité bien des passions. Ses arrière-arrière-petits enfants volent aujourd’hui au-dessus de l’eau…Photo @ Hervé Hillard ………..
Suite de l’article consacré aux premiers Moth (1929-1944)

 

Au lendemain de l’armistice qui signe la fin de la «Blitzkrieg», un groupe de jeunes Nantais se retrouvent au Sport Nautique de l’Ouest, sans bateaux. Les bateaux de la Jauge Internationale, les Monotypes de la Loire comme les 6,5 m SI, ont été remisés par leurs propriétaires.

Ces jeunes, qui servaient d’équipiers pour les régates dominicales, se retrouvent en octobre 1940 pour chercher une solution qui leur permettrait d’assouvir leur passion. Il y a là Franck Bourgoin, Donatien Garnier, Daniel et Michel Guillet, François Lebec, Alain Pinard et André Romefort. Les frères Guillet, les leaders naturels de ce groupe, demandent conseils à leur oncle Frank Guillet. Ce skipper émérite a souvent l’occasion de rencontrer ses amis du Cercle de la Voile de Paris où le Sharpie de 9m² connaît un succès foudroyant.

En proposant ce monotype, Frank Guillet sait que les difficultés de construction restent faibles, mais n’appréhende pas suffisamment les difficultés financières des jeunes.

Le groupe choisit finalement un plan paru en mars 1937 dans «Le Yacht» et présenté comme un champion américain de la série des Moth, Miss Maxine, dû à Lester H. Leonard.

Moth Nantais 1940-41Le Moth Nantais, 1940-41. Comparez avec «Little Bear» (voir plus bas), lancé aux Etats-Unis quelques années auparavant – les appendices sont en net progrès !Photo @ D.R. (coll. L. Pillon)Cette décision est entraînée par la prise en compte de deux critères importants aux yeux des futurs constructeurs amateurs : l’économie réalisée sur un bateau ne demandant que la moitié du budget «matières» du Sharpie (lui-même considéré comme peu onéreux), et la plus grande liberté d’une série à restrictions par rapport à une monotypie.

Plusieurs tentatives pour entrer en rapport avec les propriétaires d’unités existantes et avec les dirigeants de la flotte française de l’IMCA échouent. Mais le petit groupe de base peut travailler en autonomie, connaissant les règles de jauge. Les constructeurs, ne possédant que les formes de carène de Miss Maxine, décident de donner un bouge important au pont qui reste à dessiner. Pour des raisons de sécurité, le cockpit, très étroit, dégage de larges passavants qui doivent permettre au bateau de chavirer et de se redresser sans se remplir d’eau.

La grande dérive en fer pivotant selon un faible angle est abandonnée au profit d’une dérive-sabre dont le puits, moins encombrant, est aussi plus facile à construire. Le safran lui aussi est redessiné de façon à attaquer l’eau sous un angle beaucoup plus prononcé que celui aperçu sur le plan de Lester Leonard.

Une semaine après que le choix se soit porté sur le Moth, les plans de construction sont établis. Les frères Guillet, d’une famille de négociants en matériaux, se chargent d’acheter le bois nécessaire pour une première série de 15 bateaux, le reste des achats restant l’affaire de chacun. Les premiers Moth sont terminés avant la fin de l’hiver.

C’est en février 1941 que les premiers essais sur l’eau s’effectuent pour Nola et Pinpanica, les bateaux de Daniel et Michel Guillet. Mais les deux frères qui avaient déjà monté le prototype, Sphinx, vont poursuivre leurs efforts en construisant Vulcain pour leur frère Yves, prisonnier. Quand celui-ci, libéré au printemps pour raisons sanitaires, est de retour à Nantes, il n’a plus qu’à donner un coup de peinture sur son bateau. Au début du printemps, quand leurs bateaux sont terminés, ils vont aider Claude et Bertrand Levesque sur les leurs. Daniel fabrique aussi Hespérie pour Claudie Aubert.

De février à octobre 1941, chaque semaine voit de nouveaux bateaux lancés. Franck Guillet suit de  près les premiers essais et offre le premier trophée mis en jeu. Pour la première régate, le 20 avril, la plaine Saint-Joseph est entourée de nombreux spectateurs curieux de voir le comportement du nouveau petit dériveur.

Par bonne brise, les 11 premiers Moth font un spectacle qui enthousiasme aussi bien les vieilles écoutes que les jeunes – y compris les filles. Cinq de ces demoiselles vont bientôt régater dans leurs propres bateaux construits par leur frère, un ami ou leur fiancé. Seules, deux jeunes filles demandent à Baptiste Aubin leur Moth.

Il faut dire que Baptiste n’a pas ménagé ses conseils aux constructeurs-amateurs et que Zig-Zag, le bateau de Marcel, fils de Baptiste Aubin, est remarquable tant dans ses performances que dans ses finitions. Toute la famille Tiriau, dont nous reparlerons, passe commande chez Aubin.

Little BearLancé aux Etats-Unis, le Moth Little Bear – dont le plan a ici été dressé en France en juillet 1939 – présentait des appendices datés et peu efficaces.Photo @ D.R. (coll. L. Pillon) Chaque semaine, avant la régate dominicale, voit la mise à l’eau de nouveaux bateaux. De nouveaux chantiers s’ouvrent au printemps et en été. Sur les 51 bateaux répertoriés à la fin de l’année 1941, 46 sont l’œuvre de jeunes garçons dont quelques-uns n’ont pas dix-sept ans !

Ce qui semble avoir encore plus soudé ce groupe de jeunes, ce sont les vacances passées sur l’eau. Les bateaux partent en croisière le long de l’Erdre pour échouer à l’île Saint-Denis dans les plaines de Mazerolles. Jeux sur l’eau et à terre, voilà le programme repris en août par les campeurs nautiques qui n’oublient jamais de régater.

Au mois de juin, 25 Moth sont à l’eau. Déjà l’aventure de la nouvelle série fait des émules aux Sables-d’Olonne, où cinq ou six bateaux sont mis en chantier.

Comme les premières régates montrent la supériorité de quelques bateaux, dont Katacola à François Lebec et Zig-Zag à Marcel Aubin, les championnats se courent en changeant de bateaux à chaque manche ! La lourdeur de cette formule - autant de manches que de participants - n’attire que 14 coureurs au mois de juin. Mais elle permet de classer les jeunes régatiers et de mieux juger les bateaux. Cette première hiérarchie des coureurs révèle les frères Guillet, les frères Lebec, Alain Pinard, Marcel Aubin et Charles Tiriau.

Le 3 août est jour d'importance pour les Moth. L’amiral Durand-Viel, le représentant de l’USNF et le délégué départemental du Commissariat général à l’Education et aux sports viennent au Sport Nautique de l’Ouest, à Gachet, pour féliciter les jeunes mothistes et les voir participer à une course où 40 bateaux sont sur la ligne de départ.

Ce mois d’août se déroule pour beaucoup en camping dans les plaines de Mazerolles, entrecoupé par les régates et les éliminatoires au championnat de France pour homme seul. Au SNO, Alain Pinard gagne le droit de représenter le club à la sélection pour la Bretagne Sud. Même scénario et même résultat pour ce coureur qui gagne son billet pour les championnats de France devant François Lebec.

Le 31 août, on assiste au premier match interclubs sur Moth. Cette discipline nécessite une flotte importante. Les Nantais s’offrent le luxe d’inviter deux équipes le même jour, le Club de Voile de Sens et l’équipe des Sables-d’Olonne en train de construire leurs nouveaux Moth. Le SNO gagne nettement et se voit invité à son tour. Deux semaines plus tard, à Sens, les Nantais perdent de peu en découvrant les Moth «Crosby», plus larges et moins sportifs à leur goût.

La consécration sportive a lieu le dimanche 19 octobre 1941 avec l’arrivée de la grande équipe du Cercle de la Voile de Paris. Composée de Peytel, Perissol, Laverne, Clamageran, Berthelot, Ple, Baudelot, Lesoufache et Beaudouin, et malgré l’absence de Jacques Lebrun retenu à Paris, c’est ce qu’on fait de mieux en France à cette époque. Les Parisiens ne sont pas seulement des champions qui savent donner le maximum de vitesse à leurs bateaux, ils connaissent aussi parfaitement les tactiques à utiliser pour les courses d’équipe. Arrivés la veille, ils prennent soin d’essayer le Moth qu’ils ne connaissent pas.

Le lendemain, le tout-Nantes nautique se porte à Gachet pour assister aux deux manches prévues et soutenir l’équipe locale. Formée de Daniel et Michel Guillet, Loïc et François Lebec, Charles Tiriau, Alain Pinard, Geo Lory et Donatien Garnier, elle rend plus de dix ans de moyenne d’âge à son adversaire expérimenté. Mais les jeunes espoirs nantais gagnent – de justesse il est vrai.

Ce match historique aura deux conséquences principales. Pour la série, c’est plus qu’un renouveau, plutôt un nouveau départ. Avec plus de 150 unités au printemps 1942, la série des Moth apparaît comme la plus nombreuse en France. La Fédération Française de Voile, qui remplace la vieille USNF, reconnaît la série et la compte dans le petit nombre de classes qui seront désormais privilégiées.

En cette période de restrictions, les constructeurs-amateurs de Moth, comme ceux des classes officielles (Sharpie de 9m², Dinghy Herbulot et Star) et des séries à la fois reconnues et favorisées (le Caneton et le Monotype de Villefranche), auront les «bons-matières» nécessaires pour trouver les matériaux.

Le résultat est probant : en quatre ans d’occupation et d’interdiction de naviguer sur nos côtes, le nombre des monotypes français va doubler par rapport à toute la production antérieure. La série des Moth profite de ce contexte favorable puisqu’en septembre 1944, on compte 250 unités de ce type. Outre Nantes, Sens et Les Sables-d’Olonne, de nouvelles flottes voient le jour à Vannes, Saint-Brieuc et Angers.

La deuxième conséquence au fameux match entre l’équipe du CVP et des jeunes du SNO est la prise de conscience de leur valeur par ces derniers. Certes, le match retour au CVP, au printemps 1942, ne leur permet pas de rééditer leurs exploits, mais elle leur fait découvrir le sharpie de 9m², bateau officiel, seul autorisé pour les championnats de France solitaire.

Avec les bons-matières, les Lebec, Guillet, Tiriau, bientôt suivis par de nombreux nantais, construisent les bateaux qui leur sont nécessaires pour défendre leurs chances au plus haut niveau. Puis, dès 1947, cette équipe passera sur les nouveaux Caneton à restrictions pour ravir aux Parisiens tous les titres de champions de France en double pendant plus de sept ans. Mais ceci est aune autre histoire…



………..
Le Rossignol : un joli poisson

Le Rossignol au prèsLe Rossignol retapé et remis à l'eau avec sa voile d’origine en coton… n'était pas un ancêtre du Finn, mais sans doute un Moth. Photo @ N. RaynaudVous vous souvenez peut-être de notre article «On a retrouvé le dernier des Rossignol, ancêtre du Finn !» Si certains aspects historiques avaient été inventés pour les besoins de ce petit poisson d’avril, le bateau existe bien, il navigue – et il fait très certainement partie de la série des Moth. Avis aux passionnés, aux fans, aux spécialistes du Papillon : toute info sur ce Rossignol sera la bienvenue !

En complément

  1. moth   une incroyable histoire depuis 1929  1 05/05/2014 - 00:01 Les débuts de la plus célèbre série à restrictions (1929-1944) Moth : les faits papillon (1) Série à restrictions née en 1929, le Moth a engendré une descendance nombreuse, riche, variée – et les plus modernes de ces «papillons de nuit» volent aujourd’hui sur des foils. Histoire.
  2. gulari claque les 30 n oelig;uds en moth  14/10/2009 - 09:03 Ça plane pour lui Gulari claque les 30 nœuds en Moth ! L’Américain Bora Gulari, champion du monde 2009 de Moth à foils, vient de claquer le «mur» symbolique des 30 nœuds ! C’était il y a dix jours, sur le lac Milwaukee, USA : 30,31 nœuds sur – il faut le rappeler – un bateau de 3,35 mètres de long, 30 centimètres de large et 30 kilos. Gosh !
  3. en moth, il n rsquo;y a pas que le bateau qui fait des pointes 27/08/2009 - 08:02 Mondial Moth 2009 En Moth, il n’y a pas que le bateau qui fait des pointes Les pratiquants du Moth à foils, s’ils régatent pointu, n’aiment rien tant que s’amuser. Lors du Mondial 2009, les organisateurs avaient prévu slaloms et free-style – just for fun. L’Anglais Simon Payne, champion du monde 2006, en a profité pour montrer ses dispositions pour la danse classique.
  4. un moth  agrave; foils fa ccedil;on  laquo;jaws raquo; 21/12/2008 - 11:22 Melbourne, février 2007 Un Moth à foils façon «Jaws» Début 2007, j’étais à Melbourne pour cette séance photo avec Rohan Veal, multiple champion du monde de Moth International, et Andrew MacDougall. Beaucoup de logistique pour 30 minutes de prises de vue. Les «Mothies», australiens ou anglais, sont toujours prêts à me suivre dans mes idées !
  5. 418 reve 30/09/2008 - 10:27 Moth Papillon ? vole ! Le Moth - papillon de nuit, en anglais - vole depuis plus de 75 ans sur tous les plans d'eau du monde. Et ce n'est pas une image : aujourd'hui doté de foils et d'ailes, ce dériveur de 3,35 mètres dépasse les 20 noeuds en planant silencieusement à un mètre au-dessus de l'eau. Rase-Moth, rase-flotte, une navigation sans filet !
  6. 25/07/2008 - 14:28 Moth Bladerider : la navigation en pointe Conçu par le triple champion du monde de la spécialité, l'Australien Rohan Veal, le Moth International Bladerider se hisse sur ses deux foils dès 8 nœuds de vent. Pas facile d'accès, cette petite bombe de 30 kilos tout carbone impose une façon de naviguer radicalement différente - mais procure des sensations inoubliables.