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Renaissance

Germaine (1882) : le plus ancien Camper & Nicholsons navigue toujours

Germaine, yawl de 131 ans, est le plus ancien voilier signé Camper & Nicholsons toujours à flot. Plans de formes, de construction et de détail d’un bateau qui a bien failli finir sur un parking.
  • Publié le : 06/11/2013 - 00:01

Germaine en croisière au XIXe siècleGermaine en croisière au XIXe siècle. (Cliquez sur les illustrations pour les agrandir).Photo @ William Kirk - Collection Patrick BigandEn octobre 1996, la revue Classic Boat fête son 100e numéro en élisant les 100 meilleurs voiliers de l’Histoire. Au sein de sa liste, Ian Dear retient un yawl à l’état d’épave, mais au pedigree hors du commun : Germaine, un plan Nicholson de 1882. Il n’en reste qu’une belle photo d’époque de William Kirk – et une carcasse abandonnée sur un parking à Gosport.

En fait, Germaine avait été racheté par le chantier Camper & Nicholsons pour le restaurer et fêter un double anniversaire historique en 1982 : les cent ans du yawl et les deux cents ans du chantier ! Hélas, entre temps, C&N dépose le bilan et le voilier est laissé à l’abandon, sans gréement ni lest.

Le plan de voilure de GermaineLe plan de voilure de Germaine, conforme à l’origine, établi d’après les photos de l’époque. (Cliquez pour agrandir).Plan @ François Chevalier Germaine, un vrai couloir lestéLes formes de Germaine sont typiques des couloirs lestés très en vogue en Angleterre à la fin du XIXe siècle.Plan @ François Chevalier Germaine, une construction à l’épreuve du temps !Membrure en chêne chantourné, quille en pitchpin, bordé en teck : le poids ne rentre guère en compte dans cette construction.Plan @ François Chevalier Le premier propriétaire de GermaineHéritier d’une fortune considérable, F.W. Leybourne-Popham a possédé de nombreux voiliers, Germaine étant… l’un des plus petits de sa flotte.Photo @ Coll. Patrick Bigand Patrick Bigand travaille justement à Oxford à ce moment. Un voilier de cette taille, 12,80 mètres au pont, ferait bien l’affaire comme voilier-amiral de sa belle collection de petits canots et voiliers. Il l’imagine déjà au mouillage aux pieds de sa maison de Douarnenez.

Dans l’article de Classic Boat, Ian Dear a mentionné les coordonnées de Mark Bowden, qui a racheté les bâtiments de Camper & Nicholsons pour sa future marina.

Patrick l'appelle – et rachète rapidement Germaine pour une livre sterling symbolique. Dans la foulée, il en confie la restauration à l’école de charpente marine IBTC, à Lowestoft. Puis il me contacte pour assurer l’élaboration des plans et le suivi du chantier, aucune archives de C&N sur ce voilier n’ayant survécu au temps.

Germaine : de la hauteur sous barrots et un moteur très bas !Le long rouf offre une bonne hauteur sous barreaux depuis la cabine arrière jusqu’au carré. La descente est latérale, à tribord, comme sur les bateaux des eaux intérieures en Angleterre. Le moteur a pu être positionné dans les fonds, en travers, sous la descente, grâce à une transmission hydraulique. (Cliquez pour agrandir).Plan @ François Chevalier La descente de GermaineDétail de la descente latérale. Même à la gîte, l’accès reste aisé.Plan @ François Chevalier Je relève donc le plan de la coque au pont défoncé, redresse les lignes en fonction des caractéristiques du voilier, puis redessine les plans de construction, de voilure et d’emménagements. Les travaux durent une éternité, mais avancent au rythme des sessions des cours, faits et repris par les étudiants suivants lorsque le résultat n’était pas parfait.

Entre temps, Patrick est muté à Portland (Oregon), puis rentre en France ; IBTC change trois fois de directeurs – et Germaine n’est pas toujours leur priorité. Cependant, petit à petit, le voilier retrouve sa superbe.

L’écoutille principale de GermaineDétail de l’écoutille principale.Plan @ François Chevalier Finalement, le 28 mai 2013, le yawl touche de nouveau son élément, en présence d’Eleonore Salter, arrière-petite-nièce du premier propriétaire, F.W. Leybourne-Popham, et de toute l’équipe du chantier. Nadia et Patrick Bigand ont placé une pièce d’argent sous le grand mât – et 453 étudiants ont réussi à faire revivre le navire.

A peine celui-ci mis à l’eau, Patrick m’appelle, inquiet de voir le voilier flotter un peu haut. Je lui fais remarquer que son voilier date de 1882 : à l’époque, une partie du lest était encore à l’intérieur – et trois tonnes de plomb lui permettent rapidement de retrouver ses lignes.

L’élégant yawl, après quelques finitions, quitte les rivages de la mer du Nord pour Douarnenez, qu’il rallie le 15 septembre 2013. Une nouvelle vie commence.

Germaine en croisière au XXIe siècleGermaine en navigation en mer du Nord – belle vision.Photo @ Collection Patrick Bigand


Le maître-couple de GermaineLe maître-couple, modèle de construction classique.Plan @ François Chevalier ………..
Germaine en quelques chiffres

Yawl aurique
Architecte et constructeur : Ben Nicholson
Lancement : 21 juin 1882
Premier propriétaire : F.W. Leybourne-Popham
Architecte de la restauration : François Chevalier
Chantier : IBTC (International Boatbuilding Training College), Lowestoft
Longueur au pont : 12,83 mètres
Flottaison : 10,20 mètres
Maître-bau : 2,90 mètres
Tirant d’eau : 2,05 m
Voilure : 135 mètres carrés au près
Tirant d’air avec le mât de flèche : 16,60 mètres
Déplacement : 18 tonnes
Lest : 5 tonnes de plomb sous la quille + 3 tonnes à l’intérieur
Moteur : diesel Vetus 42 chevaux avec transmission hydraulique
Matériaux : bordés en pitchpin, hauts en teck, membrures chêne chantourné, superstructures en teck, mâts et espars en pin d’Orégon

Les emménagements de GermaineLes emménagements sont en acajou, la descente avancée permet de dégager une belle cabine de propriétaire. La cuisine et les toilettes sont en avant du mât, comme cela se faisait à l’époque. (Cliquez pour agrandir).Plan @ François Chevalier